Le Pli Catastrophe est une installation sonore qui vise à plonger le visiteur dans l’attente contemplative d’un phénomène de rupture brutale. Il s’agit d’une tentative spéculative : faire partager physiquement un instant mystérieux. Une distance que l’on ne peut qu’imaginer. Un phénomène qui — bien que perçu — n’est pas perçu en soi, mais à travers ses conséquences collatérales. Le Pli Catastrophe est une métaphore de notre civilisation.

Le pli, l’infinité des points de vue/d’écoute qui caractérise le paradigme Baroque est un concept clef qui m’amène à poser la question suivante : en nous approchant d’un point d’harmonie parfait, d’un équilibre idéal, ne nous approchons nous pas également d’un précipice chaotique ? D’un état de fragilité telle que le moindre écart provoquerait la destruction ?

Décrit comme le stade précaire de la morphogenèse, la métastabilité est cet état paradoxal à partir duquel le mathématicien René Thom invente une typologie des 7 catastrophes élémentaires. Le pli, et la fronce sont deux d’entre elles.
Il est intéressant de constater que la théorie de R.Thom n’a jamais reçu d’application réelle dans le domaine scientifique, faute de pouvoir servir d’outil pour quantifier précisément les changements brutaux de l’écosystème ou des êtres humains. Ainsi, c’est du côté de la philosophie et des mathématiques fondamentales que ses travaux ont suscités le plus d’intérêt.

Ce qui anime un intérêt pour cette théorie est le désir d’en faire l’expérience physique. D’en comprendre la genèse en interrogeant des territoires du sensibles qui échappent à la rationalité scientifique.

l’interrupteur

L’Interrupteur est une machine à “machiner” des ruptures d’états. Dans sa forme la plus simple, son comportement est binaire. En informatique contemporaine, ce type de comportement est omniprésent. Mais ce que l’informatique ne traite pas, c’est ce qui est présent entre deux états dits discrets. Ainsi, l’interstice n’existant pas, le traitement s’effectue non pas entre 0 et 1. Mais soit 0, soit 1.

Ce qui m’intéresse est précisément l’hypothèse d’une matérialité de ce qui existe “entre”, et le déroulement temporel pour y parvenir… À partir de quand passons nous précisément de 0 à 1 ? De quelle nature est la substance qui sépare le moment ou l’action mécanique va faire basculer la matière vers un autre état ?

Cet espace-temps que l’on ne peux qu’imaginer serait — selon une définition de l’inframince par M.Duchamp — le glissement « d’une qualité à son contraire, du convexe au concave, du mâle à la femelle, de l’espace au temps […] ».

Cette chasse au point indivisible de la rupture constitue la colonne vertébrale de mon propos : la catastrophe.
La décomposition du scénario catastrophique modélisé dans l’œuvre présente trois états distincts :

  1. L’état stable (fini)
  2. L’état métastable (infini)
  3. L’état de rupture (catastrophe transitoire)

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